Le travail frontalier dans l’Arc jurassien franco-suisse : vingt ans de croissance et de transformations
Au premier trimestre 2026, dans l’Arc jurassien, près de 75 000 frontaliers traversent la frontière franco-suisse pour aller travailler en Suisse. Le nombre de ces frontaliers, qui résident ou travaillent dans l’Arc jurassien, a plus que triplé en vingt ans. Après plusieurs phases de forte croissance, cette dynamique marque toutefois une pause nette depuis 2023, dans un contexte de ralentissement économique. Les flux internes à l’Arc jurassien, davantage liés à l’industrie, sont particulièrement sensibles aux cycles conjoncturels.
L’emploi frontalier s’est également transformé. L’industrie, avec notamment l’horlogerie, reste le premier secteur frontalier d’emploi dans l’Arc jurassien suisse, mais sa part est passée de 46 % à 32 % en vingt ans. À l’inverse, les services principalement orientés vers les entreprises et la santé ont progressé, représentant respectivement 15 % et 13 % des emplois frontaliers, contre 6 % et 8 % en 2006. Les frontaliers occupent désormais 11.2 % des emplois de l’Arc jurassien suisse.
Cette évolution s’accompagne d’un élargissement géographique des mobilités. Côté français, les lieux de résidence s’éloignent de la frontière : 74 % des frontaliers vivent dans une intercommunalité frontalière, contre 85 % en 2006, tandis que près de 9 % résident désormais hors des territoires de coopération, contre moins de 3 % vingt ans auparavant.
Les quatre territoires de coopération continuent de structurer les principaux bassins de vie transfrontaliers articulant résidence et travail. Les échanges entre eux restent limités, mais leur aire d’influence s’est élargie de part et d’autre de la frontière. Ces territoires regroupent ainsi 60 % des frontaliers travaillant dans l’Arc jurassien suisse, contre 77 % en 2006.
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Les données utilisées dans cette étude sont issues de la Statistique des frontaliers (STAF) de l’Office fédéral de la statistique (OFS). L’étude porte sur les travailleurs frontaliers résidant en France et exerçant une activité rémunérée en Suisse. Des retraitements ont été réalisés afin de disposer d’une information à l’échelle communale côté français, à partir des données disponibles au niveau du code postal de résidence. Pour plus de détails sur les sources, les traitements et les méthodes d’analyse, voir la note méthodologique en fin de document. Le périmètre géographique de l’étude correspond au périmètre habituellement utilisé par l’OSTAJ. L’analyse est toutefois centrée sur les territoires de coopération.
Le périmètre précis de l’espace de coopération a été défini en prenant en compte le travail frontalier ainsi que les limites administratives de part et d’autre de la frontière. Côté français, le périmètre respecte celui des EPCI (établissements publics de coopération intercommunale), que sont les communautés d’agglomération ou les communautés de communes. Côté suisse, une sélection basée sur les districts et les communes a été prise en compte. L’expression « Espace de coopération » désigne les quatre territoires de coopération occupant la bande frontalière du nord au sud, de Belfort à Nyon. L’expression « Hors territoires de coopération » désigne la zone élargie de l’Arc jurassien qui ne fait pas partie des quatre territoires de coopération. Cette partie intègre des agglomérations importantes telles que Lausanne, Besançon, Bienne ou encore Neuchâtel.
Nord Franche-Comté – Canton du Jura
Ce territoire de coopération se situe à l’articulation du canton du Jura et du département du Territoire de Belfort. Il représente la zone la moins montagneuse de l’Arc jurassien franco-suisse. Ce territoire compte 190 communes (151 dans la partie française et 39 côté suisse).
Parcs du Doubs et Agglomération urbaine du Doubs
Ce territoire met en vis-à-vis le département du Doubs et les cantons du Jura, de Berne et de Neuchâtel. Situé en moyenne montagne, à la fois rural et urbain, il présente des paysages variés, avec un relief accidenté. Ce territoire compte 166 communes (142 dans la partie française et 24 côté suisse).
Aire de proximité Mont d’Or – Chasseron
Ce territoire de coopération regroupe une partie du département français du Doubs et les cantons suisses de Neuchâtel et de Vaud. Situé en zone montagneuse, il comporte plusieurs pôles urbains d’importance moyenne, assez dispersés et insuffisamment reliés par l’offre de transports publics actuelle. Ce territoire compte 152 communes (79 dans la partie française et 73 côté suisse).
Haut-Jura – Vallée de Joux
Ce territoire est situé dans la partie la plus montagneuse de l’Arc jurassien. Articulé autour de deux axes de circulation et caractérisé par un habitat dispersé, cet espace transfrontalier est peu homogène et fortement spécialisé de chaque côté de la frontière. Ce territoire compte 88 communes (38 dans la partie française et 50 côté suisse).
Arc jurassien français :
Partie française du périmètre de l’Arc jurassien tel que défini ici.
Arc jurassien suisse :
Partie suisse du périmètre de l’Arc jurassien tel que défini ici.
L’Arc jurassien, un périmètre d’observation des mobilités transfrontalières :
en 2026, 96 % des frontaliers résidant en Bourgogne-Franche-Comté habitent dans l’Arc jurassien français, et 93 % de ceux qui travaillent dans les cantons du Jura, de Berne, de Neuchâtel et de Vaud exercent leur activité dans l’Arc jurassien suisse. Ces éléments montrent que le périmètre retenu recouvre l’essentiel des mobilités transfrontalières étudiées.
Les territoires de coopération de l'Arc jurassien
Figure 1 : Périmètre de l'Arc jurassien franco-suisse, en 2026.
Note : Les communes représentées par un point jaune sont des communes de plus de 10 000 habitants.
Note de lecture : L'arc jurassien est composé de quatre territoires frontaliers et d'une extension de chaque côté de la frontière appelée "Arc jurassien hors territoires de coopération".
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Analyse générale
20 ans d'évolutions du travail frontalier dans l'Arc jurassien
Près de 75 000 travailleurs frontaliers sont recensés dans l’Arc jurassien franco-suisse au premier trimestre 2026. Ce total regroupe les personnes de l’Arc jurassien au titre de leur lieu de travail en Suisse ou de leur lieu de résidence en France. Parmi elles, 71 800 frontaliers (96 % de l’ensemble) travaillent dans l’Arc jurassien suisse et 46 500 frontaliers (62 %) résident dans l’Arc jurassien français. Les flux sont majoritairement dirigés de l’Arc jurassien français vers l’Arc jurassien suisse : 43 300 frontaliers, soit 58 % de l’effectif total, résident dans le premier et travaillent dans le second.
Le travail frontalier s’organise autour de logiques de proximité, visant à rendre les trajets domicile-travail raisonnables et acceptables. Les flux se concentrent autour de quelques points de passage de part et d’autre de la frontière, contraints par le relief montagneux, et relient principalement chaque territoire français à son voisin suisse immédiat. Les déplacements s’effectuent surtout au sein d’un même espace de coopération, entre la France et la Suisse.
43 300 frontaliers français résident et travaillent dans l'Arc jurassien
Tab. 1 : Flux de frontaliers par lieu de résidence et de travail, en 2026
Source : OFS, Statistique des frontaliers (STAF) - Retraitements Insee pour le lieu de résidence
Note de lecture : En 2026, 43 339 frontaliers résident dans l'Arc jurassien français (AJF) et travaillent dans l'Arc jurassien suisse (AJS). Au total, 46 473 frontaliers résident dans l'AJF, quel que soit leur lieu de travail en Suisse, et 71 837 travaillent dans l'AJS, quel que soit leur lieu de résidence en France.
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En vingt ans, le nombre de frontaliers de l’Arc jurassien a plus que triplé, passant de 23 400 en 2006 à près de 75 000 en 2026, soit une croissance moyenne de 6 % par an. Cette progression montre que le travail frontalier s’est durablement installé dans le fonctionnement économique des territoires concernés.
Les flux internes à l’Arc jurassien, c’est-à-dire pour l’essentiel les flux partant de l’Arc jurassien français vers l’Arc jurassien suisse, ont également fortement progressé, mais à un rythme plus modéré (+4.7 % par an). Ainsi, la croissance du travail frontalier s’accompagne d’un élargissement géographique des mobilités : les flux internes à l’Arc jurassien franco-suisse représentaient près des trois quarts du total des frontaliers en 2006, contre 58 % en 2026.
Le canton de Vaud est concerné par deux dynamiques transfrontalières distinctes : celle autour du massif du Jura, et une autre autour du bassin lémanique. Cette dernière explique à plus des deux tiers le recul des flux internes à l’Arc jurassien. Le nombre de frontaliers du périmètre de coopération de l’Arc jurassien travaillant dans ce canton et ne résidant pas dans l’Arc jurassien français est passé de 4 800 en 2006 à 23 700 en 2026, soit une progression moyenne de + 8.3 % par an.
D’autres flux n’impliquant que la partie suisse ou française contribuent plus marginalement à la recomposition des déplacements. Sont notamment en augmentation les travailleurs exerçant leur activité dans les cantons de Neuchâtel et de Berne sans résider dans l’Arc jurassien français, ainsi que les personnes résidant dans l’Arc jurassien français et travaillant en dehors de l’Arc jurassien suisse, pour moitié dans le canton de Genève.
Les flux sont majoritairement orientés de l'Arc jurassien français vers l'Arc jurassien suisse
Figure 2 : Flux de frontaliers par lieu de résidence et de travail, en 2026
Source : OFS, STAF - Retraitement Insee pour le lieu de résidence
Note de lecture : 35 flux représentent 74 971 frontaliers, soit l'ensemble du champ étudié. 9 640 frontaliers résident dans la partie française du Nord Franche-Comté - Canton du Jura, 10 120 frontaliers travaillent dans la partie suisse du Nord Franche-Comté - Canton du Jura, et 6 600 résident dans la partie française et travaillent dans la partie suisse.
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L’évolution du travail frontalier depuis 2006 s’inscrit dans une trajectoire de croissance ininterrompue, modulée par des phases d’accélération et de ralentissement principalement liées à la conjoncture économique mondiale.
Depuis 2006, trois périodes caractérisées par une croissance particulièrement soutenue (supérieure à 10 % par an, voir Fig. 3 : la teinte foncée) du nombre de frontaliers de l’Arc jurassien se distinguent.
La première, de 2006 au début de 2008, s’inscrit dans le prolongement des accords de libre circulation : le nombre de frontaliers passe alors de 23 400 à 32 700, soit une progression annuelle moyenne de 14.2 %. La deuxième intervient entre la fin de l’année 2010 et le milieu de 2012, après la crise des subprimes. Le nombre de frontaliers augmente en moyenne de 13.1 % par an et franchit le seuil des 42 000 au deuxième semestre 2012. Enfin, la période post-Covid, du début de l’année 2021 à mi-2023 constitue une nouvelle phase d’expansion, avec une croissance annuelle moyenne de 10.4 %, portant le nombre de frontaliers de 56 300 à 72 100 en deux ans et demi. Ces trois phases concentrent ainsi plus des deux tiers de la hausse totale observée entre 2006 et 2026.
Une augmentation durable des effectifs frontaliers
Figure 3 : Principales phases d'évolution des travailleurs frontaliers résidant en France et travaillant en Suisse
Source : OFS, STAF - retraitement Insee pour le lieu de résidence
Note de lecture : Le nombre de travailleurs frontaliers résidant en France et travaillant en Suisse évolue selon plusieurs phases. Entre 2006 et 2009, période d'expansion suivant l'introduction de l'ALCP*, il augmente en moyenne de 14,2 % par an. Les taux indiqués dans le graphique correspondent aux évolutions annuelles moyennes observées au cours de chaque période.
* ALCP : Accord sur la libre circulation des personnes
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Les périodes successives d’expansion et de ralentissement affectent plus particulièrement les flux internes à l’Arc jurassien. Leur progression est plus sensible aux principales crises économiques, de la crise des subprimes jusqu’à celle de la Covid-19. À l’inverse, les flux orientés vers la partie lémanique du canton de Vaud, alimentés principalement par les territoires de l’Ain et de la Haute-Savoie, résistent davantage aux grandes séquences conjoncturelles, bien qu’ils y demeurent sensibles.
Cette différence s’explique notamment par la structure sectorielle des emplois frontaliers. Les flux internes à l’Arc jurassien restent largement liés à l’industrie, qui emploie encore 41 % des frontaliers. Ce secteur, fortement exportateur, est particulièrement sensible aux cycles économiques et aux chocs conjoncturels. La structure des emplois s’est néanmoins diversifiée, avec davantage d’emplois dans les services principalement orientés vers les entreprises (13 %, contre 3 % en 2006) et la santé (11 %, contre 8 %). Cette diversification contribue à réduire progressivement la sensibilité des flux à la conjoncture internationale. Les flux vers le canton de Vaud provenant de l’Ain et de la Haute-Savoie présentent une structure différente, davantage orientée vers les services. Ils sont moins exposés aux fluctuations de la conjoncture internationale. La part de l’industrie y a ainsi reculé de 18 % à 13 % entre 2006 et 2026, celle du commerce de 28 % à 19 %, tandis que la santé progresse de 11 % à près de 17 %.
Partout, l’emploi frontalier intérimaire ou lié aux agences de placement a progressé au cours des vingt dernières années, tout en connaissant des fluctuations plus marquées que les autres formes d’emploi. En 2026, il pèse pour 8 % de l’emploi frontalier total de l’Arc jurassien, après avoir atteint 11.3 % en 2023 et 6 % en 2006. Le recours à l’intérim est, en fait, un important levier d’ajustement pour les entreprises face aux fluctuations d’activité, permettant ainsi d’absorber une hausse temporaire de la demande ou, à l’inverse, de réduire rapidement les effectifs lors des ralentissements.
Au sein des flux internes de l’Arc jurassien, l’emploi intérimaire n’est pas nécessairement plus élevé qu’ailleurs, mais ses variations apparaissent plus marquées. Cette volatilité s’explique vraisemblablement par le poids de l’industrie, dont les cycles d’activité se répercutent rapidement sur l’emploi intérimaire.
Une progression plus modérée de l'industrie.
Figure 4 : Évolution des frontaliers dans les principaux secteurs d'activité de l'Arc jurassien
Source : OFS, STAF - Retraitement Insee pour le lieu de résidence
Note de lecture : Les effectifs de travailleurs frontaliers sont exprimés en base 100 au 1er trimestre 2006. Ainsi, un indice de 500 signifie que les effectifs du secteur considéré sont cinq fois plus élevés qu'au 1er trimestre 2006. Les évolutions des différents secteurs sont donc comparés indépendamment de leur niveau initial.
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Analyse au lieu de travail
20 ans d'évolutions du travail frontalier dans l'Arc jurassien suisse
Sous l’angle du lieu de travail, l’Arc jurassien suisse compte 71 840 travailleurs frontaliers résidant en France au premier trimestre 2026, soit plus du triple des effectifs observés en 2006 (+ 233 %). Ces frontaliers occupent ainsi 11.2 % des emplois de l’Arc jurassien suisse, contre 7.1 % en 2011. Cette progression confirme l’importance croissante des travailleurs frontaliers dans le fonctionnement du marché du travail suisse.
Un emploi sur quatre est frontalier dans le Haut-Jura - Vallée de Joux
Figure 5 : Part des frontaliers dans l'emploi au lieu de travail
Sources : OFS, STATENT (estimations 2026), STAF - Retraitements Insee.
En 2026, les travailleurs frontaliers représentent 24,5 % de l'emploi au lieu de travail dans le territoire Haut-jura - Vallée de Joux, contre 17,2 % en 2011.
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L’emploi frontalier pèse davantage dans les territoires suisses où les activités industrielles de précision, notamment l’horlogerie, la mécanique et la mécanique de précision, occupent une place importante. En 2026, les frontaliers occupent 24.5 % des emplois dans le Haut-Jura – Vallée de Joux, 23.9 % dans les Parcs du Doubs et l’Agglomération urbaine du Doubs, et 22.7 % dans le Nord Franche-Comté – Canton du Jura.
À l’inverse, leur poids est plus limité dans les territoires davantage orientés vers les services ou situés en dehors des principaux pôles industriels : Aire de proximité Mont d’Or – Chasseron (14.8 %) et les espaces Hors territoires de coopération (6.5 %). Ces écarts reflètent des structures économiques propres à chaque territoire.
61 % des frontaliers de l'Arc jurassien suisse travaillent dans les territoires de coopération, contre 39 % hors de ces territoires
Figure 6 : nombre et part des frontaliers par territoires de coopération
Source : OFS, STAF - Retraitement Insee pour le lieu de résidence
Note de lecture : En 2026, 14 400 frontaliers travaillent dans le territoire Haut-Jura - Vallée de Joux, soit 20 % des 71 800 frontaliers travaillant dans l'Arc jurassien suisse.
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La répartition spatiale des emplois occupés par les travailleurs frontaliers évolue également. En 2006, environ 23 % des travailleurs frontaliers de l’Arc jurassien suisse exerçaient leur activité en dehors des territoires de coopération transfrontalière. En 2026, cette proportion atteint près de 40 %. Si les espaces de coopération historiques demeurent majoritaires, ils ne concentrent désormais qu’environ 60 % des emplois frontaliers.
Cette évolution témoigne d’une diffusion progressive de l’emploi frontalier au-delà des périmètres traditionnels de coopération. Le système transfrontalier reste ainsi structuré autour de ses principaux territoires d’emploi, tout en s’étendant progressivement à de nouveaux espaces situés au-delà de ces périmètres.
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Cette évolution de l’emploi frontalier dans l’Arc jurassien suisse se traduit non seulement par une augmentation des effectifs, mais aussi par une transformation progressive de sa structure sectorielle.
Entre 2006 et 2026, le nombre total de frontaliers passe de 21 540 à 71 840. Cette croissance concerne l’ensemble des secteurs d’activité, mais selon des rythmes différents. La structure du travail frontalier évolue ainsi progressivement d’un modèle historiquement dominé par l’industrie vers un modèle économique plus diversifié.
Malgré cette diversification, l’industrie suisse reste le premier secteur d’emploi des travailleurs frontaliers. Ses effectifs progressent de 9 940 à 22 780 travailleurs entre 2006 et 2026, mais sa part relative diminue de 46 % à 32 %. Cette évolution ne traduit pas un recul industriel : elle résulte principalement de la croissance plus rapide des activités tertiaires.
Les secteurs industriels spécialisés conservent ainsi une place centrale dans l’Arc jurassien suisse. Les activités liées à la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques passent de 4 020 à 9 300 travailleurs frontaliers. La fabrication de machines et équipements progresse également, de 870 à 1 900 frontaliers, tandis que la fabrication de produits métalliques passe de 890 à 1 670 frontaliers.
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L’emploi frontalier dans les activités tertiaires des services principalement orientés vers les entreprises connaît une progression particulièrement forte, passant de 1 370 travailleurs frontaliers en 2006 à 10 590 en 2026 et portant leur part dans l’emploi frontalier de 6 % à 15 %. Cette évolution traduit l’élargissement du travail frontalier vers des fonctions spécialisées dans l’ingénierie, l’informatique, le conseil, les activités techniques et les services principalement orientés vers les entreprises.
La santé et l’action sociale connaissent également une forte croissance. Les effectifs passent de 1 830 à 9 340 travailleurs entre 2006 et 2026, portant la part du secteur de 8 % à 13 %. Le travail frontalier répond à des besoins croissants en compétences dans des secteurs essentiels à la population locale.
Cette transformation sectorielle de l’emploi frontalier ne concerne toutefois pas tous les territoires de la même manière. Dans les espaces industriels historiques, l’emploi frontalier conserve une forte spécialisation productive. Dans le Haut-Jura – Vallée de Joux, le Nord Franche-Comté – Canton du Jura et les Parcs du Doubs – Agglomération urbaine du Doubs, il reste fortement structuré par les activités industrielles de précision, même si les services y progressent également.
À l’inverse, les territoires situés en dehors des espaces de coopération présentent une diversification sectorielle plus marquée, avec une progression importante des activités de santé, de commerce, d’hébergement-restauration et d’intérim.
Ainsi, l’évolution sectorielle du travail frontalier fait apparaître plusieurs modèles territoriaux complémentaires : un modèle industriel spécialisé dans les espaces historiques de coopération et un modèle plus diversifié dans les territoires où les emplois frontaliers se sont développés plus récemment.
Le poids des travailleurs frontaliers varie fortement selon les activités
Figure 7 : Part des frontaliers dans l'emploi au lieu de travail
Sources : OFS, STATENT (estimations 2026), STAF - Retraitements Insee.
Note de lecture : En 2026, 22 800 frontaliers travaillent dans l'industrie, où ils représentent 22 % de l'emploi. Entre 2006 et 2026, leur nombre a augmenté en moyenne d'un peu plus de 4 % par an. La taille des bulles est proportionnelle au nombre de frontaliers.
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Entre 2006 et 2026, les lieux de résidence des travailleurs frontaliers se diversifient dans les quatre territoires de coopération de l’Arc jurassien franco-suisse. Si les résidents du territoire où se situe le lieu de travail demeurent majoritaires dans trois d’entre eux, leur poids relatif diminue au profit des autres territoires de coopération et, dans une moindre mesure, de territoires situés hors de l’Arc jurassien français. Cet élargissement des espaces de recrutement accompagne la forte croissance du nombre de travailleurs frontaliers observée sur l’ensemble de l’Arc jurassien.
Cette évolution traduit une ouverture progressive des bassins de résidence. Les entreprises suisses recrutent désormais leur main d’oeuvre dans un espace géographique plus vaste, dépassant les seuls territoires frontaliers. Les mobilités domicile-travail s’inscrivent ainsi dans un périmètre plus large. Les espaces frontaliers conservent un rôle central dans l’organisation des mobilités quotidiennes, mais ils ne constituent plus les seuls bassins de résidence des travailleurs frontaliers.
Les Parcs du Doubs et l’agglomération urbaine du Doubs illustrent cette évolution. Les résidents du territoire demeurent largement majoritaires, mais leur part recule de 86.3 % à 72.7 % entre 2006 et 2026. Cette baisse relative ne traduit pas un affaiblissement du bassin résidentiel local, les effectifs continuant de progresser, mais une diversification des origines géographiques des travailleurs. La part des résidents des autres territoires de coopération augmente sensiblement, tandis que les travailleurs résidant hors de l’Arc jurassien français restent peu nombreux (4.4 % en 2026, contre 1.6 % en 2006).
Parcs du Doubs et Agglomération urbaine du Doubs : près de 3/4 des frontaliers travaillant dans le territoire, y résident en 2026
Figure 8 : Lieux de résidence des frontaliers travaillant dans la partie suisse du territoire
Une évolution comparable est observée dans l’Aire de proximité Mont d’Or–Chasseron. Les résidents du territoire représentent encore 70.6 % des travailleurs frontaliers en 2026, contre 89.4 % vingt ans plus tôt. La progression des résidents des autres territoires de coopération, ainsi que celle des travailleurs résidant hors de l’Arc jurassien français (10.0 %, contre 4.1 % en 2006), témoigne d’un élargissement du bassin résidentiel. Malgré un ancrage territorial toujours marqué, les recrutements s’étendent progressivement aux territoires voisins. Le lieu de résidence des frontaliers est ainsi moins souvent situé dans le même territoire de coopération que leur lieu d’emploi.
Aire de proximité Mont d'Or - Chasseron : Le grand pontarlier est la première intercommunalité de résidence des frontaliers avec 2 300 frontaliers
Figure 9 : Lieux de résidence des frontaliers travaillant dans la partie suisse du territoire
Le Nord Franche-Comté – Canton du Jura présente une évolution plus modérée. Les résidents du territoire demeurent également majoritaires (65.1 % en 2026, contre 66.0 % en 2006), malgré une forte hausse de leurs effectifs, qui passent de 2 020 à 6 590 travailleurs. Les autres territoires de coopération voient leur part progresser légèrement, tandis que celle des travailleurs résidant hors de l’Arc jurassien français reste pratiquement stable (27.6 % en 2026, contre 28.0 % en 2006). L’élargissement du bassin résidentiel y apparaît ainsi plus limité que dans les autres territoires.
Nord Franche-Comté - Canton du Jura : près de 30 % des frontaliers travaillant dans le territoire, résident hors Arc jurassien français.
Figure 10 : Lieux de résidence des frontaliers travaillant dans la partie suisse du territoire
Le Haut-Jura – Vallée de Joux constitue le territoire où cette dynamique est la plus marquée. Les travailleurs résidant hors de l’Arc jurassien français deviennent majoritaires, leur part passant de 41.0 % en 2006 à 60.0 % en 2026. Leur effectif est multiplié par près de quatre, passant de 2 260 à 8 620 travailleurs.
Dans le même temps, la part des résidents du territoire recule de 36 % à 25.7 %, bien que leurs effectifs continuent également d’augmenter. Ce territoire présente ainsi l’élargissement du bassin de résidence le plus marqué des quatre espaces de coopération.
Haut-Jura - Vallée de Joux : 60 % des frontaliers résident hors Arc jurassien français
Figure 11 : Lieux de résidence des frontaliers travaillant dans la partie suisse du territoire.
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Entre 2006 et 2026, le nombre de frontaliers progresse dans l’ensemble des cantons de l’Arc jurassien suisse, mais selon des dynamiques différentes.
Le canton de Vaud concentre l’essentiel de la croissance régionale : ce canton connaît la plus forte progression, avec des effectifs qui augmentent de près de 33 047 personnes, portant sa part dans l’ensemble régional de 51 % à près de 57 %. Cette évolution profite aux pôles économiques, notamment autour de Lausanne, Nyon, Morges et Yverdon-les-Bains. La structure des emplois frontaliers vaudois se distingue par une présence importante des activités telles que les technologies médicales, la recherche, l’informatique, l’ingénierie, la finance et les activités hospitalières.
Le canton de Neuchâtel demeure un pôle majeur. Le travail frontalier reste fortement associé aux activités industrielles, notamment à l’horlogerie et à la mécanique de précision, mais s’est également progressivement diversifié vers les activités de services. Les emplois occupés par des frontaliers passent de 6 510 à 16 150 personnes entre 2006 et 2026. Les travailleurs frontaliers restent fortement présents dans les Montagnes neuchâteloises, notamment à La Chaux-de-Fonds et au Locle, où l’horlogerie et la mécanique de précision occupent une place centrale. Parallèlement, les activités liées aux entreprises et à l’innovation progressent.
Les cantons du Jura et du Jura bernois conservent une forte spécialisation industrielle, et leur progression est également importante, mais le travail frontalier reste davantage lié aux activités industrielles de précision et manufacturières. Dans le canton du Jura, les emplois occupés par les travailleurs frontaliers passent de 3 840 à 12 000 entre 2006 et 2026. Leur poids dans l’Arc jurassien suisse reste relativement stable, autour de 17 %. Le Jura bernois connaît une progression plus limitée en volume, avec des emplois de frontaliers passant de 970 à 3 010. Malgré sa taille réduite, il conserve une spécificité liée aux activités horlogères et industrielles.
Les évolutions cantonales mettent ainsi en évidence deux dynamiques complémentaires : la montée des pôles tertiaires, principalement dans le canton de Vaud, et la persistance d’un modèle industriel spécialisé dans les autres territoires.
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Analyse au lieu de résidence
20 ans d'évolutions du travail frontalier dans l'Arc jurassien français
L’analyse des lieux de résidence des frontaliers vient compléter celle réalisée sur les emplois de frontaliers en Suisse dans la partie précédente. En 2026, 46 500 personnes travaillant en Suisse résident dans l’Arc jurassien français. Leur croissance reste très proche de celle observée pour les flux internes à l’Arc jurassien, tout en bénéficiant d’un léger avantage lié aux flux vers d’autres bassins d’emploi suisses.
La géographie des déplacements frontaliers reste fortement liée au relief du Jura. Les passages vers la Suisse sont concentrés dans quelques vallées et cols, ce qui structure des bassins transfrontaliers relativement distincts. Les frontaliers travaillent donc principalement dans le bassin suisse situé dans le prolongement de leur territoire de résidence en France, tandis que les déplacements entre bassins restent plus limités. Ainsi, sur chacun d’eux, les flux s’effectuent principalement de la partie française vers la partie suisse du même bassin, tandis que les déplacements entre bassins restent limités.
En 2006 comme en 2026, les frontaliers travaillent majoritairement dans le territoire suisse correspondant à leur territoire français de résidence. En ne considérant que les flux entre les quatre territoires de coopération, à l’exclusion des autres flux hors territoires de coopération, cette part atteignait 64 % dans l’Aire de proximité Mont d’Or – Chasseron, contre 70 % en 2026. Elle diminue légèrement dans les trois autres territoires : de 98 % à 95 % dans le Haut-Jura - Vallée de Joux, de 93 % à 88 % dans le Nord Franche-Comté - Canton du Jura et de 95 % à 89 % dans les Parcs et agglomération urbaine du Doubs.
Ainsi, malgré une légère progression des échanges entre territoires, les frontaliers restent très majoritairement orientés vers le territoire suisse correspondant à leur lieu de résidence. Les territoires de coopération conservent donc leur cohérence, malgré l’élargissement géographique des mobilités.
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En vingt ans, la géographie résidentielle des frontaliers s’est reconfigurée le long de la frontière franco-suisse. Le territoire des Parcs du Doubs et de l’Agglomération urbaine du Doubs, qui comptait le plus de frontaliers en 2006, demeure en 2026 un territoire majeur de résidence : leur nombre y est passé de 6 660 à 13 150. Néanmoins, l’Aire de proximité Mont d’Or–Chasseron en totalise à présent davantage, avec 13 850 frontaliers en 2026. Il y a vingt ans, sept frontaliers sur dix résidaient dans l’un de ces deux territoires, contre 58 % en 2026.
Dans le même temps, dans le Nord Franche-Comté – Canton du Jura, le nombre de frontaliers quadruple, passant de 2 270 à 9 640. Enfin, la diffusion du travail frontalier dépasse désormais les limites des seuls territoires de coopération : près de 9 % des frontaliers résident aujourd’hui en dehors de ceux-ci, contre une part marginale (moins de 3 %) vingt ans auparavant.
Avec le temps, les travailleurs frontaliers résident de plus en plus loin de la frontière : la part de ceux qui ont leur domicile dans la bande frontalière formée par les intercommunalités françaises bordant la frontière franco-suisse est passée de 85 % en 2006 à 74 % en 2026.
Les territoires de coopération du Doubs concentrent la majorité des travailleurs frontaliers
Figure 12 : nombre et part des frontaliers par territoire de coopération
Source : OFS, STAF - Retraitements Insee pour le lieu de travail
Note de lecture : En 2026, 13 850 frontaliers résident dans le territoire de l'Aire de proximité Mont d'Or - Chasseron, soit 30 % des 46 500 frontaliers résidant dans l'Arc jurassien français.
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La part des frontaliers dans la population active de l’Arc jurassien français n’était que de 6.1 % en 2006 selon le recensement de la population française. En 2023, son exposition à l’emploi suisse a doublé. Les frontaliers représentent maintenant près de 12.5 %, soit un actif sur 8 du périmètre de l’Arc jurassien français.
L’importance de l’emploi transfrontalier a presque triplé dans le territoire de Nord Franche-Comté – Canton du Jura : désormais 8.2 % des actifs côté français travaillent en Suisse. Cette proportion reste toutefois inférieure à celles observées dans les autres territoires de l’Arc jurassien français, les grands pôles d’emploi côté suisse y étant relativement éloignés de la frontière. Néanmoins, les frontaliers représentent 27.5 % de la population active de la Communauté de communes du Sud Territoire, rurale et frontalière avec le Canton du Jura.
Dans les autres territoires français de l’Arc jurassien, davantage ruraux et connectés à des bassins d’emploi suisse plus accessibles, la part des frontaliers dans la population active est bien supérieure. En 2023, plus d’un tiers de la population active des Parcs du Doubs et l’agglomération urbaine du Doubs ainsi que de l’Aire de proximité Mont d’Or – Chasseron travaille en Suisse, atteignant des niveaux records : 34 % dans le premier territoire et 37 % dans le second. À titre de comparaison, en 2006, cette part s’élevait à un peu moins d’un quart (22 %) de la population active dans ces deux territoires. Dans le territoire du Haut-Jura – Vallée de Joux, plus accidenté, la population active est un peu moins tournée vers la Suisse, mais la part d’actifs y travaillant atteint 29 % en 2023, contre 14 % en 2006.
Au sein des territoires français, la part des actifs travaillant en Suisse varie fortement selon l’accès aux bassins d’emploi suisses et la présence d’emplois locaux.
Ainsi, dans les territoires les mieux connectés à la Suisse, plus de la moitié des actifs travaillent en Suisse. Leur part frôle les 60 % dans la Station des Rousses-Haut Jura, plus de 55 % dans la communauté de communes des Lacs et Montagnes du Haut-Doubs et dans la communauté de communes du Val de Morteau. Cette part des personnes frontalières parmi la population active est moindre (43 %) dans les intercommunalités frontalières du Pays de Maîche et du Plateau de Russey. Une personne active sur trois seulement est frontalière dans le Grand-Pontarlier, sans doute en raison de l’importance du nombre d’emplois localement présents. C’est toutefois dans ce territoire que la part des frontaliers parmi les actifs progresse le plus.
De fortes concentrations de frontaliers de part et d'autre de la frontière
Figure 13 : France : part des frontaliers parmi les actifs des intercommunalités en 2023
Suisse : part des frontaliers dans l'emploi des districts en 2026
Source : Données STAF - OFS 2026 pour la Suisse - Recensement de la population 2023 pour la France
Note de lecture : En France, la carte représente, à l'échelle des intercommunalités, la part des frontaliers parmi les actifs en 2023. En suisse, elle représente, à l'échelle des districts, la part des frontaliers dans l'emploi en 2026. Plus la teinte est foncée, plus la part des frontaliers est élevée.
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Le besoin en main-d’oeuvre côté suisse a davantage bénéficié aux territoires français les mieux connectés aux bassins d’emploi suisses. Entre 2006 et 2026, les flux de frontaliers des quatre territoires de résidence français vers la Suisse en dehors des quatre territoires suisses sont passés de 3 460 à 14 030 frontaliers, et représentent 30 % des frontaliers contre 20 % auparavant.
Dans le territoire de l’Aire de proximité Mont d’Or–Chasseron, bénéficiant d’une bonne accessibilité aux bassins d’emploi neuchâtelois et vaudois via la N57, la part des frontaliers travaillant en dehors des territoires de l’Arc jurassien passe de 22.5 % à 44 %. Dans le territoire du Nord-Franche-Comté – Canton du Jura, l’amélioration de l’accessibilité vers Delémont puis Bienne, avec l’achèvement progressif de la Transjurane au cours de la période étudiée, s’accompagne également d’une forte progression, de 4.5 % à 22 %. La part a également évolué de façon importante mais moindre dans le Haut-Jura Vallée de Joux, la circulation vers les bassins d’emploi genevois et vaudois y étant plus difficile : elle est passée de 22 % à 34 %, soit plus d’un actif sur trois.
Depuis les années 1990, l’amélioration de l’axe Morteau – Neuchâtel a renforcé l’accessibilité du territoire des Parcs et agglomération urbaine du Doubs. Celui-ci était déjà, en 2006, le territoire dont la part de frontaliers travaillant au-delà des territoires de coopération était la plus élevée. Cette part progresse de 23 % à 29 % en vingt ans, de façon donc plus modérée que dans les autres territoires.
La nature des emplois disponibles en Suisse et leur évolution ont également influencé la progression du nombre de frontaliers.
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L’emploi des frontaliers résidant dans l’Arc jurassien français se diversifie progressivement. L’industrie, qui représentait 54 % des emplois en 2006, n’en représente plus que 40 % en 2026. À l’inverse, la catégorie statistique regroupant les activités tertiaires orientées vers les entreprises connaît la plus forte progression, sa part passant de 4 % à plus de 13 %. La santé progresse également, de 8 % à 11 %. La part du commerce diminue un peu et la construction se maintient.
Cette diversification est toutefois d’intensité variable selon le territoire de résidence des frontaliers. Elle est particulièrement marquée pour l’Aire de proximité Mont d’Or–Chasseron, où le recul de l’industrie est plus prononcé. Ce secteur emploie une plus faible proportion de frontaliers, 30 %, alors que la part des emplois dans la santé a augmenté et atteint 13 %. À l’inverse, le territoire des Parcs et de l’agglomération urbaine du Doubs, historiquement très industriel (64 % de l’emploi pour les frontaliers était dans l’industrie en 2006), reste le plus spécialisé, même si la part de l’industrie y est désormais de 46 % et que les services aux entreprises s’y développent fortement.
Le Haut-Jura – Vallée de Joux et le Nord-Franche-Comté – Canton du Jura connaissent des transformations sectorielles relativement plus limitées, tout en suivant la même tendance générale de recul de l’industrie et de progression des activités tertiaires. Ces évolutions reflètent les différences de spécialisation des bassins d’emploi suisses auxquels chaque territoire français est principalement connecté.
Une croissance portée par les services aux entreprises et la santé
Figure 14 : Évolution moyenne annuelle par secteurs d'activité 20026-2026, en %
Source : OFS, STAF - Retraitements Insee pour le lieu de résidence
Note de lecture : Entre 2006 et 2026, le nombre de frontaliers résidant dans l'Arc jurassien français et travaillant dans les services principalement orientés vers les entreprises a augmenté de 11,9 % par an en moyenne. En 2026, ils représentent 13,1 % de l'ensemble des frontaliers résidant dans l'Arc jurassien français.
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Méthodologie, sources et définitions
Les données sont issues de la Statistique des frontaliers (STAF) de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Elles recensent les travailleurs frontaliers de nationalité étrangère titulaires d’un permis G, résidant à l’étranger et exerçant une activité rémunérée en Suisse. La STAF s’appuie sur les données du Système d’information central sur la migration (SYMIC) et sur les données de l’Assurance-vieillesse et survivants (AVS) des caisses de compensation.
Ces données détaillées fournissent une information à la fois sur le lieu de travail en Suisse (au niveau communal) et sur le lieu de résidence en France (au niveau du code postal). Afin de disposer d’une maille d’analyse communale côté français, un recodage a été réalisé pour passer du code postal au code commune. Ce traitement repose sur une clé de correspondance code postal / code commune fondée sur les distributions observées dans les données du recensement de la population.
Cette analyse repose sur deux approches complémentaires. La première décrit les travailleurs frontaliers de nationalité non suisse selon leur lieu d’emploi en Suisse. La seconde décrit les personnes concernées par les mobilités transfrontalières selon leur lieu de résidence en France, quelle que soit leur nationalité.
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Le découpage chronologique retenu vise à distinguer les principales phases d’évolution de l’emploi frontalier. Les bornes des intervalles ont été définies à partir des changements de dynamique observés dans les séries statistiques, puis affinées à partir de la série globale. Ces différentes phases ont ensuite été rapprochées des principaux événements conjoncturels internationaux ou régionaux susceptibles d’avoir contribué aux évolutions observées.
- Du premier trimestre 2006 au troisième trimestre 2008 : expansion. Cette période correspond à une phase de croissance de l’économie mondiale et à la période postérieure aux accords de libre circulation.
- Du troisième trimestre 2008 au quatrième trimestre 2010 : cette période correspond à la phase de la crise des subprimes.
- Du quatrième trimestre 2010 au troisième trimestre 2012 : il s’agit d’une reprise très forte, cohérente avec une sortie de crise.
- Du troisième trimestre 2012 au deuxième trimestre 2015 : cette période correspond à une phase de croissance, mais moins marquée par la crise des dettes européennes, la montée du franc suisse et la baisse de la demande en Asie. Il s’agit d’un essoufflement de la reprise.
- Du deuxième trimestre 2015 au deuxième trimestre 2017 : à la suite de l’abandon du taux plancher par la Banque nationale suisse, le franc suisse a subi une très forte réévaluation, qui a conduit à un ralentissement de la conjoncture suisse.
- Du deuxième trimestre 2017 au troisième trimestre 2019 : une phase d’expansion au niveau mondial, qui se retrouve également dans l’économie suisse.
- Du troisième trimestre 2019 au premier trimestre 2021 : l’économie mondiale avait commencé à ralentir au cours de l’année 2019 ; la crise sanitaire a ensuite pris le relais.
- Du premier trimestre 2021 au troisième trimestre 2023 : une phase de reprise très forte à la sortie de la crise sanitaire, similaire à celle observée après la crise des subprimes.
- Depuis le troisième trimestre 2023 : un ralentissement marqué et prolongé sur fond d’incertitudes internationales.
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Les données fournies par l’OFS sont en nomenclature NOGA (Nomenclature Générale des Activités économiques) à deux chiffres. Pour les besoins de l'étude elles sont agrégées en sept secteurs :
- Industrie manufacturière et extractive (divisions 05 à 33) ;
- Services principalement orientés vers les entreprises (divisions 58 à 77 et 79 à 82) ;
- Santé humaine et action sociale (divisions 86 à 88) ;
- Commerce, hébergement et restauration (divisions 45 à 47 et 55 à 56) ;
- Activités liées à l’emploi (intérim) (division 78) ;
- Construction (divisions 41 à 43) ;
- Autres activités économiques, regroupant l’agriculture, l’énergie, les transports et les services divers (divisions 01 à 03, 35 à 39, 49 à 53, 84 à 85 et 90 à 99).
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- Accessibilité : Facilité avec laquelle un territoire de résidence peut accéder à un bassin d’emploi, notamment au regard des infrastructures de transport, des axes de déplacement et de la distance/ du temps de trajet.
- Bassin d’emploi : Espace géographique concentrant des emplois et exerçant une influence sur les territoires environnants en matière de déplacements domicile- travail.
- Bassin de recrutement : Ensemble géographique des territoires dans lesquels les employeurs recrutent leur main d’oeuvre. Dans la publication, il permet notamment de décrire l’élargissement géographique des lieux de résidence des frontaliers.
- Bassin transfrontalier : Espace de mobilité organisé autour d’un ensemble de territoires français et suisses entre lesquels les déplacements domicile-travail sont particulièrement nombreux.
- Emploi frontalier : Emploi exercé en Suisse par un travailleur résidant à l’étranger et répondant aux critères de la statistique des frontaliers.
- Flux interne à l’Arc jurassien : Dans le cadre de cette publication, flux allant de l’Arc jurassien français vers l’Arc jurassien suisse, c’est-à-dire lorsque le lieu de résidence et le lieu de travail se situent tous deux dans le périmètre de l’Arc jurassien.
- Flux transfrontalier : Ensemble des déplacements de travailleurs entre un territoire de résidence situé dans un pays et un territoire d’emploi situé dans l’autre pays.
- Intercommunalité : Établissement public de coopération intercommunale (EPCI), regroupant plusieurs communes françaises afin d’exercer certaines compétences en commun.
- Part des frontaliers dans l’emploi : Nombre de travailleurs frontaliers rapporté au nombre total d’emplois du territoire considéré.
- Permis G : Autorisation suisse destinée aux travailleurs frontaliers.
- Arc jurassien suisse : Partie suisse de l’Arc jurassien.
- Arc jurassien français : Partie française de l’Arc jurassien.
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