Économie circulaire dans l’Arc jurassien franco-suisse: approche par l’emploi
Dans l’Arc jurassien franco-suisse, l’économie circulaire compte 19 100 emplois en 2022, soit 2 % de l’emploi total, principalement masculins. Près de 11 750 emplois sont situés dans la partie suisse contre 7 400 emplois dans la partie française. Dans cette dernière, l’emploi de la filière pèse davantage dans l’emploi total qu’en Suisse.
Les activités de réparation et d’allongement de la durée d’usage des produits concentrent plus de 80 % des emplois. Les autres segments de l’économie circulaire (location, réemploi, réutilisation, collecte et recyclage des déchets) représentent les 20 % restants.
Entre 2011 et 2022, le nombre d’emplois de l’économie circulaire progresse de 5,2 % à l’échelle de l’Arc jurassien. Bien que représentant un volume d’emplois relativement modeste, les activités de location connaissent une dynamique forte.
L’économie circulaire est surtout une économie dite « présentielle », au service de la population. La géographie de ses emplois suit, donc, celle de la population : ils sont majoritairement situés à distance de la frontière, et en dehors des territoires de coopération de l’Arc jurassien.
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Définition de l’économie circulaire : modèle économique fondé sur la réduction des déchets et l’optimisation des ressources.
Selon le Parlement européen, l’économie circulaire est « un modèle de production et de consommation qui consiste à partager, réutiliser, réparer, rénover et recycler les produits et matériaux existants le plus longtemps possible afin de maintenir leur valeur et de réduire les déchets au minimum » (Parlement européen, 2023).
L’observation statistique de l’économie circulaire repose sur la mesure des activités et des flux visant à réduire l’extraction de ressources naturelles ou à prolonger la durée de vie des matériaux. Cependant, ces activités peuvent être secondaires par rapport à une activité principale, et les nomenclatures existantes ne permettent pas toujours de les identifier avec précision. De plus, les données disponibles ne sont pas toujours assez détaillées pour une analyse à l’échelle locale, comme celle de l’Arc jurassien.
Malgré les limites statistiques pour quantifier l’économie circulaire, une approche fondée sur un autre angle d’analyse a été retenue pour quantifier l’importance de l’économie circulaire sur ce territoire : l’analyse des emplois associés aux secteurs clairement identifiés comme relevant de ce modèle (Location, réutilisation, réparation, recyclage, etc.). Cette méthode s’appuie sur l’exploitation de la nomenclature des activités économiques, permettant d’identifier et de sélectionner les activités spécifiques de l’économie circulaire (voir annexes).
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En 2022, la part de l’économie circulaire dans l’emploi total atteint 2,0 %. Si le versant suisse affiche plus d’emplois par habitant, l’économie circulaire occupe un poids plus important dans l’emploi local sur le versant français : 2,4 % contre 1,9 % du côté suisse.
La présence de nombreux travailleurs frontaliers résidant dans l’Arc jurassien français explique en partie cette différence. Bien que leur emploi soit localisé en Suisse, ces actifs génèrent, sur leur territoire de résidence, des besoins liés à l’économie circulaire (traitement des déchets, assainissement, location, etc.). Cette situation renforce ainsi le poids relatif de ces activités côté français.
Dans la partie française des territoires les plus frontaliers, le Parc et l’Agglomération urbaine du Doubs ainsi que l’Aire de proximité Mont d’Or–Chasseron, le poids de l’économie circulaire est d’ailleurs bien plus élevé, 3,2 %.
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Les emplois de l’économie circulaire sont majoritairement localisés à distance de la frontière. En 2022, 10 750 emplois (soit 56 % du total) sont situés dans l’Arc jurassien en dehors des territoires de coopération localisés à cheval le long de la frontière. Ces derniers en comptent 8 350, dont la majorité se situe dans le Nord Franche-Comté – Canton du Jura (3 480 emplois), suivie de l’Aire de proximité Mont d’Or – Chasseron (2 070 emplois). Les Parcs et l’agglomération urbaine du Doubs totalisent 1 490 emplois, et le Haut-Jura – Vallée de Joux en compte 1 310.
Cette répartition, qui épouse étroitement celle de la population, illustre le caractère présentiel1 de ces activités.
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1 : Activités présentielles : des activités sont considérées comme présentielles si elles sont mises en œuvre localement pour la production de biens et de services visant la satisfaction des besoins de populations présentes dans la zone, qu'elles soient résidentes ou touristiques.
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L’économie circulaire de l’Arc jurassien se caractérise par une forte prédominance masculine. En 2022, les hommes occupent 82 % des emplois, soit environ 15 600 postes, contre 18 % pour les femmes. Le versant français affiche une part de femmes plus élevée (21 %) qu’en Suisse (17 %).
Elle est composée des métiers historiquement masculinisés, notamment la réparation automobile. Les femmes sont davantage présentes dans les activités de réemploi, de réutilisation et de location, tandis qu’elles restent peu représentées dans les métiers techniques liés à la réparation, à la collecte, au traitement des déchets et à l’assainissement, où leur part s’échelonne de 14 % à 18 %. Ces secteurs techniques demeurent majoritairement masculins (86 %), alors que la location et le réemploi présentent plus de mixité : respectivement 24 % et 43 % de femmes.
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Rapporté à la population, l’Arc jurassien enregistre en 2022 une moyenne de 10,7 emplois de l’économie circulaire pour 1 000 habitants. Toutefois, la densité d’emplois est plus élevée dans la partie suisse, avec 11,8 emplois pour 1 000 habitants, contre 9,2 dans la partie française.
Cette tendance se confirme dans les quatre territoires de coopération de l’Arc jurassien. Par exemple, dans le Nord Franche-Comté – Canton du Jura, l’écart est particulièrement marqué, avec 14,8 emplois pour 1 000 habitants côté suisse, en raison de l’importance de son segment de la réparation, contre 9,3 côté français. Dans le Haut-Jura et Vallée de Joux, la densité d’emploi est nettement plus faible : le ratio n’y est que de 6,1 côté français contre 9,2 du côté suisse, en raison de son caractère rural et de la faiblesse de l’économie circulaire hors réparation. La part de l’économie circulaire est également plus forte en Suisse qu’en France dans les deux autres territoires.
Hors segment de la réparation, la densité d’emploi de l’économie circulaire est plus équilibrée entre le côté suisse et le côté français, elle s’élève dans les deux cas à 2,8 emplois pour 1 000 habitants.
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Dans l’ensemble, cette partie de l’économie circulaire, celle de la réparation, du réemploi et de la location des objets apparaît fortement structurée autour des activités de réparation et de maintenance, avec une présence plus marquée sur le versant suisse.
Dans l’Arc jurassien, les activités d’utilisation collective et d’allongement de la durée d’usage constituent le socle principal de l’économie circulaire. Elles regroupent environ 16 050 emplois, soit près de 83 % des emplois de la filière (1,7 % de l’emploi total et 7,5 emplois pour 1 000 habitants). La réparation en constitue la principale composante avec 14 050 emplois, soit près de 74 % du secteur de l’économie circulaire, confirmant ainsi le rôle majeur des métiers de maintenance et de prolongation de la durée de vie des produits. Outre la réparation automobile, l’Arc jurassien se distingue par la présence d’ateliers de réparation qui s’inscrit dans la tradition de précision horlogère des vallées jurassiennes, où l’expertise privilégie la maintenance et la remise en état plutôt que le remplacement à neuf. En 2022, la présence du secteur de la réparation est particulièrement marquée sur le versant suisse avec 8 950 emplois, comparativement au versant français (5 100 emplois).
Les autres activités d’utilisation collective et d’allongement de la durée de vie sont la location, avec 1 500 emplois ; le réemploi et la réutilisation ne totalisent qu’environ 500 emplois dans l’Arc jurassien.
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Les activités de la collecte et du recyclage représentent l’autre partie de l’économie circulaire, 3 000 emplois dans l’Arc jurassien en 2022. Soit 17 % de la filière, répartis entre l’assainissement (1 250), la collecte (900) et la récupération (900). Le nombre d’emplois de ces activités rapporté au nombre d’habitants est plus homogène que celui du secteur de la réparation, oscillant dans les territoires entre 2,7 et 4,4 emplois pour 1 000 habitants. Cette relative homogénéité témoigne d’une gestion des flux de matières ancrée localement, répondant aux besoins territoriaux et contribuant à la valorisation des matières premières.
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Entre 2011 et 2022, l’emploi relevant des secteurs de l’économie circulaire dans l’Arc jurassien progresse de 5,2 %, soit une croissance annuelle moyenne de +0,5 %. Cette évolution demeure modérée. L’économie circulaire comporte en fait majoritairement des emplois présentiels, et sa dynamique est logiquement étroitement liée à celle de la population résidante. La partie suisse de l’Arc jurassien enregistre une hausse plus soutenue (+8,2 %), en cohérence avec une croissance démographique positive sur la période, tandis que le versant français affiche une quasi-stagnation de l’emploi (+0,7 %), dans un contexte où la population est globalement stable.
De manière générale, les évolutions sont contrastées sur les plans territorial et sectoriel, tout en restant modérées. Les activités de location constituent le segment le plus dynamique, avec une croissance annuelle moyenne de +4,0 %, traduisant peut-être un renforcement progressif des modèles économiques fondés sur l’usage plutôt que sur la propriété. Les activités de collecte et de traitement des déchets ainsi que celles de récupération des déchets gagnent également des emplois, entre 1 et 2 %, confirmant une consolidation des fonctions liées à la gestion des flux de matières. À l’inverse, les activités concourant au réemploi et à la réutilisation enregistrent un recul marqué (-2,2 % de l’emploi), tandis que les activités liées aux eaux usées et à l’assainissement présentent une légère contraction (-0,4 %). Les activités de réparation, celles qui comportent le plus d’emplois, évoluent faiblement (+0,2 %), traduisant une phase de stabilisation du segment.
L’Aire de proximité Mont d’Or – Chasseron se distingue par la croissance la plus dynamique (+1,9 % par an). Les Parcs et l’agglomération urbaine du Doubs affichent une progression modérée (+0,5 %), tout comme les territoires hors coopération (+0,4 %). En revanche, le Nord Franche-Comté – Canton du Jura et le Haut-Jura – Vallée de Joux présentent une stabilité globale (0 %), traduisant une évolution relativement stagnante des emplois sur la période étudiée.
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- Nomenclature des activités relevant de l’économie circulaire - OSTAJ
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Économie circulaire dans l’Arc jurassien franco-suisse : note méthodologique
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